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"Star Academy", "NRJ Music Awards", "Taratata"... Pourquoi les stars internationales désertent les émissions françaises

Longtemps incontournables sur les plateaux de télé, les artistes internationaux ne se déplacent quasiment plus dans les émissions françaises. Coûts en hausse, promotion bouleversée par les réseaux sociaux, audiences en baisse : plusieurs facteurs expliquent ce désamour.

Les Black Eyed Peas à la cérémonie des NRJ Music Awards le 21 janvier 2006.

Crédit : PASCAL GUYOT / AFP POOL / AFP

Alexian Giron

Où sont passées les stars internationales ? Madonna, Beyoncé, Adèle, 50 Cent, Britney Spears, Céline Dion, Justin Bieber... Fut un temps où ces célébrités se rendaient sur les plateaux des émissions de télévision française. On pouvait les voir aux NRJ Music Awards ou encore à la Star Academy. En 2008, Rihanna était par exemple la marraine de la promo. Mais cette époque est semble-t-elle révolue. Depuis plusieurs années, le même constat : les stars internationales ont déserté les émissions françaises. 

Le 23 octobre dernier, seuls la Franco-haïtienne Naïka et le duo américain Jamie Miller-Antonio étaient présents aux NRJ Music Awards en tant que stars internationales. Depuis le retour de la Star Academy en 2022, même constat. Robbie Williams (parrain de la saison 10), Sting, James Blunt (parrain en 2023), Lewis Capaldi, Ed Sheeran (parrain de la saison 2025) et Naïka, dernière invitée en date qui a profité des NRJ Music Awards pour enchaîner avec l'autre programme phare de la Une, se sont déplacés. 

Et les invités du prochain prime de la Star Academy prévu ce samedi 31 octobre ne risquent pas de conjurer le sort. La chaîne a annoncé que les élèves chanteront avec Marguerite, Claudio Capéo, Sheryfa Luna et l'artiste belge TeddyBear.

Fut un temps où tous les mois, on avait un gros artiste qui venait dans "Taratata". Aujourd'hui, c'est vraiment devenu compliqué

Emmanuel Virot à RTL.fr

Même si les artistes français continuent de jouer le jeu des plateaux, les internationaux ne font plus le déplacement. Et ce constat ne se limite pas seulement à TF1. L'émission Taratata sur France 2 est également victime d'une absence de stars internationales. "Fut un temps où tous les mois, on avait un gros artiste qui venait dans Taratata. Aujourd'hui, c'est vraiment devenu compliqué", explique Emmanuel Virot, directeur et programmateur artistique pour de nombreuses émissions, dont Taratata mais également producteur des NRJ Music Awards de 2004 à 2006. 

Le marché de la vente de disques a fortement chuté

L'une des principales raisons ? Le marché de la vente de disques s'est effondré au profit de l'essor du streaming. "Avec la chute des ventes de disque, le chiffre d'affaires des labels chute aussi, analyse le directeur artistique. Et faire venir des stars internationales ça coûte très très cher."

Ce phénomène de chute a commencé dans les années 2000 avec l'essor du téléchargement illégal, avant même l'apparition du streaming comme Spotify ou Deezer. Selon le site du ministère de la Culture, le marché physique a atteint 10% de baisse en moyenne par an de 2007 à 2023. En 2024, le streaming représentait 75% du marché. 

Et cette évolution économique a eu des répercussions sur d'autres secteurs dont la télévision. Emmanuel Virot se remémore alors les trois années où il produisait les NRJ Music Awards listant d'abord les personnalités reçues de Lady Gaga à Beyoncé en passant par Madonna sans oublier les Black Eyed Peas. Aujourd'hui, tout a changé. "En 2026, l'équation entre ce que rapporte les ventes de disques et le coût de la venue d'un artiste international, rend cela compliqué", explique-t-il. 

La venue d'un artiste international est extrêmement coûteuse

Puis, les stars d'un tel gabarit ne se déplacent pas seules. Il faut également prendre le staff de la célébrité en charge. Les zéros peuvent rapidement grimper sur le chéquier. "Lorsqu'une célébrité internationale se déplace, il y a minimum 25 personnes qui l'accompagnent. Pour Lady Gaga par exemple ils étaient 50 à la suivre. Un coût considérable pour un label. Aujourd'hui, c'est plus viable", explique-t-il. 

Lorsqu'une célébrité internationale se déplace, il y a minimum 25 personnes qui l'accompagnent

Emmanuel Virot à RTL.fr

Et la note peut être salée pour les labels. Aux NRJ Music Awards, la production prend en charge le déplacement des artistes pour certaines catégories. Pour d'autres, les labels doivent sortir le chéquier. Et les scénographies sont également à la charge des maisons de disque, glisse à RTL.fr le patron d'un label français. Une révélation musicale n'aura ainsi pas les mêmes moyens qu'un artiste confirmé. 

Les audiences télé et radio ont chuté

Globalement, les artistes ne sont plus vraiment obligés de participer aux émissions télé. Comme le marché de la vente de disques, les audiences à la télévision ont également chuté. En 2003, les NRJ Music Awards rassemblaient 8,5 millions de téléspectateurs. Aujourd'hui, l'audience a été divisée par plus de deux. En 2026, 3,2 millions de personnes étaient devant la cérémonie. "Cela reste quand même l'une des meilleures audiences de l'année", souligne Emmanuel Virot à RTL.fr.

À son lancement en 2000, l'émission avait rassemblé 5,7 millions de téléspectateurs. En 2003, elle réalise son meilleur score historique : 7,8 millions de fidèles devant leur poste. Après cette quatrième édition, les audiences n'ont cessé de chuter peu à peu, hormis quelques sursauts notamment en 2012 ou encore en 2013. De toute l'histoire, la pire audience était celle de l'an dernier : 2,8 millions de téléspectateurs. Avec 3,1 millions de personnes devant le poste en 2026, la cérémonie reste bien loin des scores d'antan. Idem pour la Star Academy et Taratata qui ont vu leurs audiences baisser.

Actuellement, les audiences radio et télé sont moins puissantes, et il y a moins de ventes de disques. L'équation est simple

Emmanuel Virot à RTL.fr

Même constat pour la radio. "NRJ, comme beaucoup de musicales, a aidé de nombreux artistes en les diffusant à l'antenne", souligne-t-il. Les célébrités internationales se rendaient donc à la cérémonie cannoise comme signe de remerciement envers la station. L'enjeu était plus important qu'aujourd'hui. "Actuellement, les audiences radio et télé sont moins puissantes, et il y a moins de ventes de disques. L'équation est simple", ajoute-t-il. 

Les réseaux sociaux comme arme de promo depuis le Covid

Et les artistes ont également compris la puissance des réseaux sociaux. "Avec une vidéo postée sur Instagram ou TikTok, ils peuvent toucher des millions de personnes sans avoir besoin de se déplacer en France", indique-t-il. 

Pendant les confinements, tout le monde a compris qu'on pouvait se mettre au ralenti

Emmanuel Virot à RTL.fr

La période Covid n'a d'ailleurs pas arrangé la situation. Bien au contraire. "Pendant les confinements, tout le monde a compris qu'on pouvait se mettre au ralenti. En appuyant sur pause, ils se sont rendus compte qu'il pouvait quand même se passer des choses. Avant les confinements, les gens n'en avaient pas conscience. Il fallait venir en promo, aller dans les radio et se rendre sur les plateaux télé. Soudainement, on est tous bloqués chez nous, mais il faut continuer d'exister. Qu'est-ce qu'on fait ? On se filme et on utilise les réseaux sociaux", analyse Emmanuel Virot. 

Depuis, cette habitude semble être restée. En quelques clics, une simple séquence tournée avec les moyens du bord devient virale et touche le monde entier. Une promo gratuite et surpuissante. 

Des emplois du temps bien trop chargés

Le facteur des emplois du temps surchargés est également une conséquence à ne pas oublier. Les artistes, surtout internationaux, ont des journées millimétrées entre prestations, concerts et interviews avec la presse. Et parfois, celui-ci n'est pas compatible avec leur présence dans une émission comme la Star Academy ou dans une cérémonie comme les NRJ Music Awards. 

"Quand un artiste décide de venir à Paris, son emploi du temps est serré, explique Emmanuel Virot à RTL.fr. Les labels essayent ainsi de maximiser le temps. Se rendre dans une émission télé, c'est extrêmement long entre les répétitions, l'attente et la prestation. Les labels profitent des temps d'attentes pour faire venir la presse dans les loges par exemple. Cela permet de maximiser les rendez-vous et donc la promo."

Le Gala Pièces Jaunes en est le contre exemple

Une seule émission résiste au phénomène : le Gala Pièces Jaunes à la Plenitude Arena, diffusée sur France 2. En janvier 2026, celui-ci a rassemblé de nombreux artistes internationaux tels que Christina Aguilera, G-Dragon, Stray Kids ou encore A$AP Rocky. En 2025, Katy Perry et John Legend avaient fait le déplacement. Idem en 2024 avec la présence des Maroon 5, de J Balvin ou encore de Pharrell Williams. Et dès la première édition en 2023, le groupe de K-pop Blackpink et l'interprète du morceau Happy étaient déjà venus se produire en France. 

Avec le soutien de LVMH, le Gala a moins de mal à faire venir ces artistes

Emmanuel Virot à RTL.fr

Pourquoi le Gala Pièces Jaunes réussit à rassembler autant de célébrités internationales là où les autres émissions ont plus de mal ? Pour Emmanuel Virot, le partenaire de la soirée est un atout majeur. "Avec le soutien de LVMH, le Gala a moins de mal à faire venir ces artistes. Ils sont souvent leurs égéries et ont des contrats avec eux. Et dans le cadre de ces contrats, ils peuvent se permettre de leur demander de venir performer", explique-t-il. 

Inutile pour eux de passer via les labels pour faire venir ces noms internationaux. "Cela se passe par un contrat moral et privé entre un artiste et une marque. On est en ligne direct avec les managers et parfois même les artistes", affirme-t-il. Heureusement, certaines célébrités continuent de jouer le jeu de la promo sans avoir besoin de LVMH comme Sting et Ed Sheeran, souligne le producteur. Peut-être qu'un jour viendra où les autres artistes feront pareils. 

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